Un peu d'Histoire ...

D'après l'ouvrage de Philippe Mayoux, « Bagnères-de-Bigorre, Histoire d'une ville thermale »
(aux éditions Alan Sutton).
 


Vicus Aquensis, la Romaine

L'arrivée des Romains

C'est en 28 avant Jésus-Christ, sur les ordres de l'empereur Auguste, que Valerius Messala
installe ses troupes sur une colline de Pouzac. Il y réduit l'un des derniers foyers de résistance
de la tribu aquitaine des Campani.


Construction des premiers thermes
Sur le site, les Romains découvrent alors les eaux chaudes
qui coulent sur les flancs du mont Olivet. Ils les exploitent,
construisent des thermes et une ville. Cette cité romaine
s'étend sur une surface au moins égale à la moitié de la ville
actuelle. On y arrive par le pont qui n'a pas changé de place.

Vicus Aquensis ou Aquae Convenarum ?
L'un des rares vestiges de cette époque est un autel votif qui
orne aujourd'hui l'escalier des Grands Thermes et sur lequel
on peut lire : « A la personne divine d'Auguste, Secundus, fils
de Sembedo, a élevé cet autel au nom des habitants du Bourg
des Eaux et au sien propre ». C'est de cette dédicace qu'on a
déduit que Bagnères se nommait à cette époque Vicus Aquensis
(Ville des Eaux). Une devise qui pourrait être une mauvaise
interprétation puisque certains historiens prêtent aussi à Bagnères
le fameux nom d'Aquae Convenarum (la ville des Eaux de Convènes).

La buveuse, symbole du thermalisme. (© pixbynot)


La ville au Moyen-Age

Cinq siècles de mystère
De la fin de l'Empire romain à 1171, aucun document ni aucun vestige n'apporte d'indications
sur l'histoire locale. Le passage de la ville romaine à la ville médiévale a été reconstitué à
partir de données obtenues par des fouilles archéologiques. La cité romaine aurait été détruite
par un tremblement de terre. Elle a ensuite été temporairement abandonnée,
vraisemblablement à cause de l'épidémie de peste qui a ravagé la région autour des années
580.

Du XIIème au XIVème, la ville se développe
En 1171, Centulle III, comte de Bigorre, accorde une charte de droits et franchises aux
habitants de Bagnères. Il fait alors allusion à une ville déjà bien structurée comprenant quatre
bourgs entourés de murailles. On ignore comment, en plusieurs siècles, le site déserté est
devenu une ville active.
Du XIIème au début du XIVème siècle, la cité ne cesse de s'agrandir. En 1313, on y dénombre
800 feux (les foyers), autant qu'à Tarbes, la capitale du Comté.
 
Des paysans et des artisans
Les activités agricoles occupent 40 % de la population, chacun des bourgs de la ville
exploitant un secteur bien délimité. Les habitants du Bourg Vieux travaillent sur le vallon de
Salut et le hameau de Bouyaous (actuellement rue Georges Lassalle), ceux du Bourg Neuf au
quartier du Pouey et à Lesponne, ceux du Bourg de la Font aux Vigneaux et sur la plaine à
l'est du pont de Pierre et enfin, les habitants des Caoutérès exploitent les terres du pont
d'Arras et du hameau de Sarraméa.

L'artisanat s'est développé au fil des siècles.
(© Ville de Bagnères-de-Bigorre/Fonds photographique Eyssalet)

La cité est également un lieu d'échanges qui réunit agriculteurs et artisans sur les marchés.
Un réseau de canaux dérivés de l'Adour anime plusieurs moulins qui servent à moudre le
blé, forger les faux, emboutir les chaudrons, fouler les draps ou tanner les cuirs.

La peste et la guerre de Cent Ans
Après quatre siècles de croissance économique, Bagnères devient une ville riche. Cet essor
se brise dans la seconde moitié du XIVème siècle avec les épidémies de peste de 1348 et
1361. E
n 1360, après les défaites françaises de la guerre de Cent Ans, la Bigorre est livrée
aux Anglais. Henri de Trastamare, allié du roi de France, met la ville à sac, la brûle et la
rançonne en 1327.

Deux ordres religieux

Contrairement aux villes construites à cette époque, l'église paroissiale de Bagnères (dédiée à
Saint-Vincent) n'en occupe pas le centre. Elle est située à l'extérieur de la cité.


L'église Saint-Vincent en vue panoramique. (© pixbynot)

Dans les bourgs, deux ordres religieux se sont établis : les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
et les Dominicains. Les premiers, au XIIème siècle, ont donc un rôle hospitalier, en lien avec les
eaux thermales. Les seconds, établis hors des murs en 1344, puis intra-muros en 1367, ont
une vocation plus spirituelle. Ils veillent à l'orthodoxie de la foi des habitants. On trouve aussi
quelques petites églises ou chapelles comme Saint-Martin (à l'emplacement de l'ancien
temple de Diane), Saint-Barthélémy (chapelle de l'hôpital-hospice construite en 1215),
Saint-Roch, édifiée pour conjurer la peste ou Saint-Blaise, l'église des cagots.

Reconstruction au XVème siècle

En 1429, un inventaire du comité répertorie 291 feux à Bagnères. La population a diminué de
60 % par rapport à 1313. Le XVème siècle est une période de reconstruction (fortifications,
moulins, couvent des Jacobins, église Saint-Vincent...). La ville se repeuple et revient peu à
peu à la prospérité.

Une ville administrée par une « véziau »
Comme c'est le cas dans les Pyrénées, la ville est administrée par une assemblée d'hommes
libres : la « véziau ». Celle-ci est constituée de « vezins », des habitants permanents de la
cité. Elle est sous la dépendance directe du comte à qui elle paie des impôts et qui lui assure
sa protection (contre une participation au service de l'armée comtale). Le comte est
représenté localement par un bailli. La communauté élit douze « juges » administrateurs et
cinq « gardes » officiers de police. A cette époque, elle est constituée comme une seigneurie.
Mais au fur et à mesure que le pouvoir royal s'établit sur la province, les officiers royaux
prennent le pas sur les fonctionnaires et les assemblées élues perdent leurs pouvoirs.


La Renaissance et les guerres de religion


De la ruralité à la petite bourgeoisie

Dans la première moitié du XVIème siècle, la ville continue de prospérer. Une importante
réforme de son gouvernement est réalisée en 1551 par Henri III, roi de Navarre et comte de
Bigorre. Le mode de gestion adapté à une communauté agro-pastorale ne convient plus à
Bagnères, devenue plus bourgeoise et commerçante que rurale. Un conseil de quarante
membres remplace ainsi les six consuls élus indirectement par l'assemblée générale des
habitants.

Jeanne d'Albret et le protestantisme
Les guerres de religion correspondent à une période difficile pour Bagnères et la région. Alors
reine de Navarre et comtesse de Bigorre, Jeanne d'Albret se convertit au protestantisme en
1560. L'année suivante, elle impose la Réforme mais les Bigourdans, et particulièrement les
Bagnérais, restent catholiques. Après délibération du conseil de la ville, les premières
arrestations pour hérésie ont lieu en 1562.

Le royaume de Navarre devenu protestant est un défi pour
le roi de France. Quand Jeanne d'Albret quitte son royaume
pour soutenir les protestants réfugiés à La Rochelle, le roi
envoie une armée en Béarn pour y rétablir le catholicisme
par la force.

Montgommery sème la terreur
Ne pouvant tolérer d'être spoliée, Jeanne d'Albret fait appel
au chef de guerre protestant Montgommery pour reconquérir
son royaume et y rétablir la foi réformée. Après avoir délivré
le Béarn en 1569, il se livre à des pillages en Bigorre. Il y
rançonne les villes, brûlant celles qui résistent.


Jeanne d'Albret. (© DR)

La présence de Montgommery inquiète les Bagnérais.
Le 29 août de cette année-là, l'assemblée de la communauté
se réunit place de Salies. Quand le notaire Pierre Frégnac
propose de mettre à l'abri l'argenterie et les archives, certains,
comme Arnaud d'Isac, veulent organiser la résistance. Montgommery
exige de la cité le paiement d'une importante rançon. Il écrit à plusieurs
reprises aux consuls pour la réclamer, menaçant de démolir la ville.
Ceux-ci finissent par réunir une somme d'argent
mais, quelques semaines plus tard, Montgommery se dirige
déjà vers le Gers. L'histoire ne dit pas si la rançon sera payée
dans son intégralité ou non.

Fin des guerres de religion mais retour de la peste
Le dernier épisode tragique des guerres de religion se déroule en 1574. Le capitaine Lizier, lui
aussi chef de guerre protestant tend un piège au gouverneur de Bagnères Antoine de
Beaudéan, près de Pouzac. Celui-ci y trouve la mort.
Bagnères et sa région sortent ruinées des guerres de religion. La disette qui s'installe dans le
pays favorise le retour de la peste en 1588. Elle ne cessera, l'année suivante, que, comme le
rapporte la légende, grâce à l'intervention miraculeuse de Liloye.

Liloye et la peste
Domenge Jouanolou est née entre 1550 et 1560 à Beaudéan, dans le vallon de Serris. Elle
reçoit le surnom de Liloye (« pure comme le lys ») à cause de sa grande piété. Mariée à un
paysan des Palomières nommé Lanne, elle s'installe avec sa fille à Bagnères, dans le quartier
pauvre du Pouey, après la mort de son époux. Elle ne sort de chez elle que pour aller faire des
dévotions à la chapelle de Notre-Dame de Médous.
C'est ainsi qu'en 1588 Liloye est gratifiée de deux
apparitions de la Vierge. Celle-ci lui commande
d'aller trouver « les ecclésiastiques et les consuls
de Bagnères » pour leur annoncer qu' « un grand
malheur leur arriverait bientôt, s'ils ne faisaient pas
pénitence et ne se mettaient pas promptement en
prières ». Malgré les deux interventions de Liloye,
personne ne tient compte des avertissements.
C'est alors que la peste arrive à Bagnères. L'histoire
des miracles qui ont marqué la vie de Liloye
a fait l'objet d'une enquête, menée par un magistrat
royal de la ville, en 1648. Selon cette enquête, la
peste de 1588 a emporté cinq Bagnérais sur six et
également décimé les villages voisins.
L'année suivante, alors que les habitants reviennent
dans leur ville désertée, Liloye rencontre
Simone de Souville, qui se moque d'elle, l'accusant
« d'avoir fait peur à la ville alors que cette
peste n'avait atteint que les pauvres ». Mais Liloye
continue d'aller prier à Médous et la Vierge
lui apparaît une nouvelle fois. Elle lui annonce un
retour de l'épidémie et lui ordonne d'aller trouver Simone de Souville pour lui dire que « les
riches seulement seront frappés, qu'elle-même sera la première victime, en punition de son
incrédulité et qu'elle peut déjà se préparer à la mort ». Simone de Souville est la première
victime de cette récidive de l'épidémie. Les Bagnérais prennent peur
La statue de Liloye au Vallon de Salut. (© DR)

et ne doutent plus du caractère
surnaturel du fléau. Ils se rendent en procession à Notre-Dame de Médous et la peste disparaît.
C'est ainsi que la religion catholique restera d'autant plus ancrée dans le quotidien des habitants.
La paix revenue, ils retrouvent une vie normale. En 1606, Henri IV rattache définitivement la province
au royaume de France.


L'époque classique : les XVIIème et XVIIIème siècles

Encore la peste
La peste rôde encore à Bagnères en 1628. L'épidémie est maîtrisée mais la baisse d'activité
qui en résulte accroit la misère. La maladie revient ensuite en 1653 et 1654. Des mesures de
salubrité sont mises en place et l'on isole les malades les plus contagieux au vallon de Salut.
L'épidémie disparaît complètement en décembre 1654.

Tremblements de terre

Le 21 juin 1660, les Bagnérais sont réveillés en pleine nuit par de fortes secousses qui se
prolongent pendant trois semaines. Si le bilan humain est modéré (sept morts), cinquante
maisons sont entièrement ruinées et cent autres presque détruites. Toutes sont gravement
touchées. Inquiétude supplémentaire pour les habitants : les sources thermales se sont taries.
Heureusement, l'eau réapparaît peu de temps après.

La reconstruction
Les Bagnérais, qui en ont les moyens, reconstruisent leur maison avec de la pierre de taille de
la carrière de Salut, qui devient du marbre quand on la polit.

Pierre de taille du Salut et ardoises de Labassères dans le centre-ville. (© pixbynot)

L'intendant forestier Froidour le souligne : « La ville est bien bâtie. Tous les étages bas
sont de marbre et de pierre, avec du crépi d'une espèce de plâtre. Le haut est communément
de bois, mêlé de briques ou d'autres pierres du pays ». Les nouveaux aménagements engendrés
par la reconstruction sont très appréciés des curistes. En 1698, l'intendant Bégon écrira :
« C'est ici la plus jolie ville des Pyrénées. Dans les maisons très proprement bâties, on trouve
toutes les commodités ».

Thermalisme et développement économique

Le thermalisme joue un rôle croissant dans l'économie locale. Comme le soulignera également
Michel Bégon, « les bains fournissent aux habitants leurs principales subsistances et moyens
de s'enrichir ».
A partir de 1670, les établissements privés se multiplient dans la ville. On en dénombre 25 en 1787.

De nouveaux équipements

Une halle en bois dédiée au commerce est construite en 1627. Pour rentabiliser son
investissement et entretenir la voirie, la municipalité institue des taxes sur les transactions
commerciales.
On plante aussi de nouveaux espaces verts, aux Vignaux d'abord, puis aux Coustous. La
« place » devient alors « promenade ». A l'ouest, elle est limitée par un canal qui protège les
anciennes murailles. Ce n'est qu'en 1780 que celles-ci seront détruites et que l'on donnera
l'autorisation de bâtir sur les rives du canal. Les jardins, à l'est, sont peu à peu remplacés par
des immeubles.


Le jardin des Vignaux accueille aujourd'hui de nombreuses animations et festivals. (© pixbynot)

En 1697, les sœurs du Refuge font construire une grande maison dans l'actuelle rue de Lorry.
Elle sera vendue plus tard par l'évêque pour permettre la création du nouvel hospice à côté de
la chapelle Saint-Barthélémy.
Le bâtiment du couvent est transformé en 1775 en établissement de jeux où l'on peut aussi
manger et danser : le Vaux-Hall. C'est le premier casino de Bagnères.

La ville accueille les contre-révolutionnaires...

De 1789 à 1793, les saisons se déroulent à peu près normalement à Bagnères. L'économie
locale dépendant beaucoup de la présence des curistes, on reste assez éloigné de l'agitation
révolutionnaire. Les « modérés suspects » viennent se réfugier dans la ville, prêts à fuir en
Espagne si la situation s'aggrave.
Avec la déclaration de guerre à l'Espagne (7 mars 1793), la situation évolue. On dresse des
listes de « suspects « . Les étrangers en résidence sont obligés de quitter la ville. Les
autorités départementales considèrent que les Bagnérais ont bien peu d'esprit civique et
révolutionnaire. Elles font enfermer les « suspects » dans l'ancienne église Saint-Jean (les
hommes) et dans la maison de Duffourc d'Antist (les femmes).
Joly de Fleury, ancien ministre de la justice de Louis XVI est arrêté à Bagnères en juillet 1793.
Il est transféré à Mont-de-Marsan, d'où il réussira à s'évader. Des Bordelais fédéralistes,
des militaires ayant abandonné leur poste et Thérésa Cabarrus, la future madame Tallien
résident alors dans la cité thermale.

... et les blessés de la Révolution
Fin 1793, les hôpitaux du sud-ouest sont encombrés de blessés. On les évacue alors vers les
stations thermales. A Bagnères, on installe un hôpital militaire dans l'hospice Saint-Barthélémy,
dans les maisons d'Uzer et de Lanzac, puis au sein de l'hospice des Capucins de Médous.


L'industrialisation (XVIIIème siècle)

Un Grand Établissement Thermal public

Jusqu'à la Restauration (entre 1814 et 1830), l'économie bagnéraise était fondée sur un
équilibre entre commerce, artisanat et thermalisme. Pour contrer une réputation de la station


Les Grands Thermes au siècle dernier. (© Ville de Bagnères-de-Bigorre/Fonds photographique Eyssalet)

mise à mal par des établissements thermaux privés dont l'offre se dégrade, la collectivité lance
la construction du Grand Établissement Thermal. Celui-ci est achevé en 1828 et étendu, avec
les Néo-Thermes en 1882.

La marbrerie Géruzet

En quelques décennies (de 1829 à 1880), la marbrerie Géruzet devient l'une des plus
importantes de France. Un exemple contagieux puisque huit moulins se transforment en scies
à marbre entre 1826 et 1865. Mais cette industrie marbrière, qui emploie un millier d'ouvriers
dans les années 1870, s'effondre à la fin du siècle. Seules deux entreprises survivent.

L'industrie se diversifie
Tout en gardant ses activités traditionnelles comme le textile ou le bois, l'industrie bagnéraise
se diversifie : papeterie, imprimerie, faïence...etc. L'usine de Dominique Soulé, qui s'installe
dans un ancien moulin au nord de la ville, deviendra la plus importante de la ville au siècle
suivant. Sa création, en 1862, coïncide avec l'arrivée du chemin de fer dans la ville, qui suscite
beaucoup d'espoirs de la part des industriels.

Aménagement de la ville
Au XIXème siècle, on bâtit beaucoup, dans tous les quartiers de la ville : maisons bourgeoises,
hôtels sur les Coustous et dans le quartier thermal, villas dans les quartiers périphériques et
maisons ouvrières à proximité des usines ou de la nouvelle gare. Un couvent de Carmélites
s'installe au nord de la cité. La démolition des remparts permet l'achèvement des boulevards
périphériques.
A la fin du siècle, le centre-ville est quasiment identique à sa configuration actuelle.


XXème siècle : à la recherche d'une politique d'équilibre

L'industrie se développe pendant la Grande Guerre
La Première Guerre mondiale est un facteur de dynamisme pour l'industrie bagnéraise. Loin
des zones de conflit, on y répare notamment  beaucoup de wagons. L'importante population
ouvrière attire quelques chefs d'entreprises venus de régions sinistrées. Les industries
mécaniques et textiles poursuivent leur
croissance, tandis que celle du marbre
décroit.

Après la Première Guerre mondiale,
une grande proportion des habitants
vit des salaires versés par les
entreprises. La part du commerce et
celle du thermalisme diminuent au sein
de l'économie locale.





Atelier de fabrication de moulures à Bagnères. (© Ville de Bagnères-de-Bigorre/Fonds photographique Eyssalet)

L'entre-deux-guerres, une période de consolidation

dans les années 1920 et 1930, on rénove beaucoup en style Art déco mais on ne construit
rien de nouveau. D'anciens bains sont démolis pour laisser place au musée Salies, à un court
de tennis et à des zones de repos proches des thermes.
Durant l'entre-deux-guerres, l'expansion de la ville reste faible, malgré la construction de
quelques pavillons individuels à la périphérie de la ville.

Seconde Guerre mondiale : la Résistance s'organise

Comme pour tous les Français, 1939-1945 est une période difficile pour les Bagnérais. Si des
mouvements actifs de Résistance s'organisent en Bigorre et notamment dans la cité thermale,
l'opération punitive d'une compagnie de SS, en juin 1944, fait 32 morts à Bagnères et une
centaine dans la vallée.

La population bagnéraise accueille les Résistants. (© Ville de Bagnères-de-Bigorre/Fonds photographique Eyssalet)


L'urbanisme explose dans les années 60
Avec le réveil industriel de l'après-guerre, les maisons individuelles se multiplient dans la ville.
Les espaces disponibles sont pris d'assaut, notamment à la périphérie sud, avec la création
des quartiers de Caubéta et de Bragard. La rive droite de l'Adour, qui était restée rurale, se
couvre aussi de lotissements. L'espace de la ville est occupé jusqu'aux limites des communes
voisines, comme Gerde ou Pouzac, qui se développent à leur tour.

L'activité industrielle diminue mais le thermalisme se maintient

A la fin du XXème siècle, l'activité industrielle diminue à Bagnères. Néanmoins, les curistes
sont toujours présents et le nouveau centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle
(d'importance régionale) permet de créer de nouveaux emplois. On construit aussi une grande
maison de retraite et une maison de repos médicalisée.


L'environnement et les loisirs comme moteurs
Les Bagnérais ont toujours cherché à développer les
atouts de leur ville. C'est ainsi que la conservation de
l'environnement et du patrimoine a abouti à la création
du Centre permanent d'initiatives pour l'environnement
(CPIE) puis du Conservatoire botanique pyrénéen (en 2001).
Ces deux institutions sont aujourd'hui installées, avec le
Muséum d'histoire naturelle, au vallon de Salut.
Les eaux thermales ne sont plus seulement utilisées pour
le traitement des malades. Avec le centre thermoludique
Aquensis, la ville de Bagnères propose (depuis 2003) une
infrastructure entièrement dédiée à la forme et au bien-être
qui remporte un vif succès.


Aquensis : l'eau thermale pour le plaisir. (© pixbynot)



Le thermalisme au fil des siècles

L'origine des eaux thermales
L'origine des eaux chaudes de Bagnères est étroitement liée à l'histoire de la chaîne
pyrénéenne. L'eau thermale est de l'eau de pluie qui s'enfonce jusqu'à 1000 mètres
sous le niveau de la ville en s'infiltrant dans des calcaires très perméables. Elle remonte
ensuite à la surface par des couches imperméables argileuses. Au cours de cette migration
qui dure plusieurs dizaines d'années, l'eau est canalisée par de gigantesques gouttières qui
se sont formées en même temps que les Pyrénées.
Pendant son parcours, l'eau thermale se réchauffe de 3 °C  par 100 mètres d'enfoncement,
dissolvant les sels minéraux des roches qu'elle traverse. C'est ainsi que les eaux de Bagnères
sont sulfatées, calciques et magnésiennes. Leur température peut dépasser 50 °C.
Autrefois, l'eau jaillissait un peu partout à l'ouest de la ville : dans la montagne, à travers la
tourbière ou dans la vallée de l'Aygo Tébio, grâce à un système complexe de failles.
Aujourd'hui, un sondage pompe l'eau à 200 mètres de profondeur. Ce qui lui assure un débit
constant et la protège des pollutions superficielles.

Les sources

Dès le Moyen-Age, les sources appartiennent soit à la collectivité, soit aux ordres religieux.
Dans les deux cas, l'accès aux bains est gratuit.
L'eau jaillit de partout dans le quartier thermal. Les sources sont exploitées par la bourgeoisie
dès la fin du XVIIème siècle. En 1787, on compte 25 établissements thermaux dans la partie
sud de la ville.
Quand on cherche à augmenter le débit d'une source, on tarit toutes celles des alentours.
En cas de fortes pluies, le niveau de la nappe phréatique remontait et envahissait les
baignoires situées trop bas.

Des effets « miraculeux » ...

Les eaux de Bagnères sont utilisées depuis que les Aquitains ont installé leur premier village
sur le site de la cité. Ceux-ci vouent un culte à Aghon, le « dieu des bonnes eaux », avant
l'arrivée des Romains. Ils exploitent l'eau dans un grand établissement thermal, pensant
qu'elle a des vertus magiques que lui confèrent les nymphes.
On a cru à l'effet miraculeux des eaux thermales du Moyen-Age à la Renaissance, les saints
de l'Eglise catholique remplaçant les nymphes.

... aux vertus thérapeutiques
A la Renaissance, on prescrit les eaux pour vaincre la stérilité. La Reine Margot, femme de
Henri IV est venue à Bagnères pour cette raison.
A partir du XVIIème siècle, on cherche à établir une relation entre les propriétés des eaux et
leurs vertus thérapeutiques, mais les analyses chimiques de l'époque ne permettent pas
d'établir de corrélation.
Théophile de Bordeu, premier grand médecin thermal du XVIIIème siècle, classe les eaux du
royaume en fonction de leurs effets. Les eaux de Bagnères calment notamment les douleurs
nerveuses et les affections rhumatismales. On importe ensuite, par bombonnes, l'eau
sulfureuse de Labassère pour traiter les maladies respiratoires.
Au XIXème siècle, avec les progrès de la médecine, les modes thermales se succèdent.
L'époque romantique (1820-1850) découvre les vertus des eaux ferrugineuses pour redonner
du dynamisme. Dans la seconde moitié du siècle, on traite aussi les affections de la gorge et
des bronches, grâce aux eaux arsenicales.

L'évolution des techniques thermales
Les techniques employées pour les soins thermaux sont très anciennes. Les Romains
utilisaient déjà les douches, les affusions, les bains de vapeur ou de boue. Ils avaient aussi
construit de vastes piscines.
A partir de la Renaissance, les bassins
deviennent de plus en plus petits. Les
baignoires individuelles se généralisent
au début du XIXème siècle, notamment
dans les Grands Thermes. Après 1886,
on revient pourtant aux grandes piscines
à la romaine.
Actuellement, baignoires et piscines
coexistent dans le même établissement.
Les douches, elles, ont toujours existé.
Au XIXème siècle, on les utilise
pour toutes sortes d'affections et
en lien, sont créés une multitude
d'instruments. Seuls les établissements qui ont pu s'équiper de douches en quantité suffisante
ont pu subsister à cette époque. Concernant la durée
Baignoire des anciens thermes de Salut. (© Ville de Bagnères-de-Bigorre/Fonds photographique Eyssalet)

des bains et la prise de boissons, on a mis longtemps à trouver les limites raisonnables.
Au Moyen-Age, on croyait que plus on buvait, plus on se désintoxiquait.
Ce qui a donné lieu à des excès nuisibles pour la santé.
A la Renaissance, la durée des bains pouvait atteindre la journée entière. Ce n'est que très
progressivement que l'on est arrivé aux prescriptions actuelles, nettement plus modérées.

Les établissements thermaux
Dans leur majorité, les établissements privés sont annexés à une grande maison qui loge les
curistes. A
u XIXème siècle, à l'exception des thermes du Salut, les établissements privés ne
peuvent pas se moderniser pour répondre aux besoins nouveaux. Ce qui devient préjudiciable
à l'image de la station. La construction des Grands Thermes est entreprise pour restaurer une
réputation dégradée. Par la suite, beaucoup de bains privés cessent leur activité mais
conservent leur hôtellerie (les Grands Thermes n'assurent pas le logement des curistes).


Bagnères, haut lieu de la vie mondaine

Henri IV, Montaigne et le duc du Maine
A toutes les époques, le succès d'une station thermale dépend de l'opinion qu'en ont les
usagers. Sa notoriété est d'autant plus grande qu'elle accueille des personnages importants.
A la Renaissance, la passion de l'aristocratie et des intellectuels pour l'Antiquité a remis au
goût du jour le thermalisme. Ainsi, Jeanne d'Albret est venue à Bagnères faire soigner ses
bronches fragiles en 1567 et 1571. Son fils, Henri IV, revient avec sa femme, la Reine Margot,
en 1581. Michel de Montaigne, venu en cure en 1578, fait l'éloge de Bagnères dans ses
Essais. Au XVIIème siècle, les gouverneurs de provinces et
quelques grandes familles nobles remplacent les souverains
béarnais. Bagnères reçoit par ailleurs, en 1675, le jeune duc du
Maine, fils de Louis XIV et de madame de Montespan. Il est
accompagné de sa gouvernante, madame de Maintenon.  Le
jeune prince revient en 1677 puis en 1681.
La clientèle de la station reste la même au siècle des Lumières
mais la Révolution met un terme à la fréquentation de la noblesse
qui a fui le pays.







Henri IV enfant. (© DR)

Lamartine, Georges Sand et Mérimée
Sous le Consulat et le Premier Empire, les aristocrates sont de retour à Bagnères. Ils se
retrouvent autour de Ramond de Carbonnières, célèbre naturaliste ou du poète Evariste de
Parny. Au court de la première moitié du XIXème siècle, beaucoup d'artistes viennent prendre
les eaux dans la ville : Lamartine, Georges Sand, le philosophe Hippolyte Taine, Prosper
Mérimée ou encore, le compositeur Gioacchino Rossini.
A cette période, nombreux sont les nobles Espagnols.
On remarque aussi le passage à Bagnères de curistes
allemands, suédois, russes et américains.

Au XXème siècle
Après la Grande Guerre, la population thermale évolue.
S'y ajoutent de plus en plus de touristes qui viennent
en automobile pour de courts séjours. Un peu en marge
des lieux à la mode, Bagnères conserve le charme discret
des endroits où l'on vient se reposer.
Dans les années 50, la possibilité pour les curistes de
voir leurs frais médicaux remboursés apporte de profonds
changements. Une nouvelle population de malades est accueillie.
Les cures se démocratisent. On reçoit également les handicapés
moteurs au Centre de rééducation fonctionnelle à partir de 1954.






Lamartine. (© DR)


Des curistes « de proximité »
L'histoire du thermalisme local ne se résume pas à travers le séjour de personnes célèbres.
Dès le XVIIème siècle, on observe la présence d'une population « de proximité » : des paysans
et des marchands des environs qui ont les moyens de se faire soigner à Bagnères. Au début du
XXème siècle, des agriculteurs Gersois viennent en fin de saison, après les travaux agricoles,
avec des paniers remplis de confits ou de foies gras, qu'ils vendent sur place pour payer leur
cure.